récit de Thomas Bernhard

Lecture en jeu de Aymeri Suarez-Pazos

La Cave fait partie des cinq récits autobiographiques de Thomas Bernhard. Le narrateur décrit dans une langue brûlante une étape décisive dans sa formation, lorsque quittant le lycée pour jeune gens de bonnes familles de la ville de Salzbourg, il s’aventura dans les quartiers mal famés, dans l’antichambre refoulée de l’Enfer de la ville, parmi ces gens qui n’avaient jamais eu peur d’appeler les choses par leur nom, pour travailler dans l’épicerie de quartier de monsieur Podlaha, une cave.

Créé en 2017 dans la programmation des Lectures en Sous-sol du Festival du Loup à Chauvigny

Les autres êtres humains, je les rencontrai dans le sens opposé en cessant d’aller au lycée que je détestais pour me rendre au lieu de mon apprentissage, ma planche de salut, contre toute raison, en cessant d’aller vers le centre de la ville par la Reichenhaller Strasse avec le fils d’un haut fonctionnaire pour me diriger vers la périphérie par la Rudolf-Biebl-Strasse avec le compagnon serrurier de la maison voisine, en ne prenant pas le chemin qui traverse les jardins à l’abandon, passe devant les villas artistement construites et mène à la Haute Ecole de la bourgeoisie, grande ou petite, mais en passant devant l’institution pour aveugles et sourds-muets, en franchissant les remblais du chemin de fer, en prenant par les jardins ouvriers, en longeant la pallissade du terrain de sport près de l’asile d’aliénés de Lehen pour me rendre à la Haute Ecole des marginaux et des pauvres, la Haute Ecole de fous, la cité de Scherzhauserfeld, quartier de terreur absolu de la ville, la source de presque tous les procès des cours pénales de Salzbourg, dans la cave convertie en magasin de comestibles de Karl Podlaha, un homme détruit avec un caractère sensible de Viennois, qui avait voulu devenir musicien et était toujours resté petit boutiquier.

La Cave – incipit