de Lautréamont

Récitant : Aymeri Suarez-Pazos


Violon : David Galoustov (oeuvres de Bach, Ysaÿe, Paganini, improvisations…)

Durée : 1h30

Un parcours dans les Chants de Maldoror avec les trilles virtuoses du violoniste David Galoustov (improvisations, œuvres de Ysaÿe, Bach, Paganini…) et qui offre l’occasion d’une embardée majestueuse dans les incantations visionnaires, ironiques et fulgurantes de ce contemporain de Rimbaud dont l’œuvre, redécouverte par les surréalistes, féconda leur imaginaire. C’est un souffle qui s’accorde à une autre saison en Enfer et qui reprend la quête intériorisée du Moi, affirmant ses blessures, théâtralisant l’abjuration des idoles et des trahisons, et déroulant avec délices la mystique de l’ange déchu.

Créé en 2016 au Château de la Thibaudière (Tercé)

Je me propose, sans être ému, de déclamer à grande voix la strophe sérieuse et froide que vous allez entendre. Vous, faites attention à ce qu’elle contient, et gardez-vous de l’impression pénible qu’elle ne manquera pas de laisser, comme une flétrissure, dans vos imaginations troublées. Ne croyez pas que je sois sur le point de mourir, car je ne suis pas encore un squelette, et la vieillesse n’est pas collée à mon front. Écartons par conséquent toute comparaison avec le cygne, au moment où son existence s’envole, et ne voyez devant vous qu’un monstre, dont je suis heureux que vous ne puissiez pas apercevoir la figure; mais, moins horrible est-elle que son âme. Cependant, je ne suis pas un criminel…

Chant I

Un ami grand amateur de musique m’a dit un jour : Lorsque j’ouvre Les Chants de Maldoror qui est un de mes deux livres de chevet, j’entends ta voix. Voudrais-tu un jour les faire entendre? J’avais fait une traversée de l’œuvre de Rimbaud accompagné d’un musicien. Il ne m’a pas été difficile de me plonger dans Lautréamont. J’en dégageai un choix de strophes et profitai d’un splendide accompagnement du violoniste David Galioustov. Nous en avons tiré une traversée d’une heure trente : un tel voyage demande une certaine durée. Il passe par tant de couleurs et d’effrois, et de chants qui se développent avec ampleur et variété. Il y a dans l’oeuvre l’ambition, toute liée à la période historique et culturelle, de voir et de décrire, quand bien même ce sont les entrailles propres, les abysses de la conscience et de ce qui la précède, et tout ce que l’on ne veut pas voir des forces cosmiques et psychiques. C’est aussi un dépassement, un dépassement des maîtres dont on s’accouple à la vision et aux thèmes devenus éternels pour en produire le monstre. Il y a donc l’expression de la mutation d’un monde dont le reflet se trouve dans la crise intérieure de celui qui affirme son génie. Ce Génie, qui dévore l’être et les choses dans une clarté de foudre, a pour lui un poème chez Rimbaud dans les Illuminations, et porte chez Lautréamont le nom de Maldoror.

Aymeri Suarez-Pazos