
19 Juil 2026
« Prison centrale – Et maintenant je sors demain » : les mots comme seule évasion

La nuit précédant sa sortie, un homme se retrouve seul face aux courriers jamais lus qu’on vient de lui remettre. Après quatorze ans de réclusion pour des faits commis mineur, il se met à écrire. Aymeri Suarez-Pazos livre un seul-en-scène puissant, où les mots deviennent la première brèche vers la liberté.
Dans cette cellule où il purge une peine, il n’est pas nommé : il répond à un numéro… le 22 — et il va sortir de ses prisons. La première est celle des mots : il sait désormais les manier pour dire la nuance des choses. Pantelant, il n’y jette pas de pleurs, il ne s’y emprisonne pas ; en écho à Albertine Sarrazin, cette prison-là finit par s’éteindre.
La seconde est celle de la peur : il fait peur aux prisonniers, au prélat qui vient le visiter en prison ; mais en protégeant Sol, moins chanceux que lui, il laisse aussi libre cours à ses propres pleurs.
La troisième est celle de la rage, qui l’empêche de finir ses phrases et le retient de chercher un lieu, une autre façon d’être dans la réalité des choses.
Seul en scène — sinon avec les bruits de la rue et un son de voix, de cloche —, le comédien incarne les personnages d’une prison : vigiles, avocat, aumônier. Il leur donne une telle aisance qu’ils semblent bien vivants sur scène (Teaser, Solo, l’évêque).
Qu’est-ce qui sauve de l’enfermement ? Les mots qu’il donne à Solo, l’attente qu’il traverse, la place qu’il se forge, par la violence, auprès de ses codétenus, et ce désir tenace d’exister sans subir une seconde oppression en prison.
Il écrit sur des lignes, il marche sur des pages blanches fixées au sol ; même sans brouiller la caméra, les lettres lui arrivent comme une correspondance avec un dehors. Mineur, comme au mitard, il cogne avec les mots du dictionnaire, jusqu’à entrer par la grande porte sur une scène de théâtre…
Fabuleux spectacle, où les mots percutent autant que les sensations d’un homme qui se bat, de l’intérieur, pour vivre.
Aymeri Suarez-Pazos déploie une puissance de comédien qui fait vibrer les figures de ce lieu clos par la seule force du verbe, par la bagarre des mots. Cette prison devient le lieu central d’une création tenace, attirante par la délivrance qu’elle laisse entrevoir au bout du couloir.
Distribution : de et par Aymeri Suarez-Pazos, mise en scène Aymeri Suarez-Pazos, chorégraphie Chinatsu Kosakatani, musique Charlène Martin, collaboration artistique Éric Chaussebourg, lumière Philippe Quillet — Compagnie des Puys | Infos pratiques : du 4 au 25 juillet (relâche les 9, 16, 23), 10h00, 1h12, 3T Avignon – 10ème Avenue, 20€ plein / 14€ abonné·e — Réserver